FRANCIS MON FRERE.
- Luc Delvaux
- 8 août
- 4 min de lecture
Francis, cher frère,
De notre unité, de notre fratrie, de Chantal, Francis et Luc, tu es le premier à prendre la tangente, une tangente qui t’a été imposée brutalement, horriblement, alors que tu étais engagé dans un acte de dévouement, acte d’amour envers ta fille, tes petits enfants.
Nous en sommes hébétés, terrassés de désolation, de peine.
Je rejoins tous les témoignages qui parlent de toi comme d’un homme de cœur, de passion, de talent, d’une personne unique, mais entends ici la déchirure particulière d’une sœur, d’un frère.
Chantal Francis et Luc, nous formions, et formons encore, je l’affirme, une unité. Celle-ci perdurera jusqu’au départ de chacun d’entre nous, et même au-delà, je le crois. Tu fais toujours partie de nous, simplement dans une autre dimension. Simplement c’est vite dit, car le manque de toi dans cette vie-ci nous taraude, nous laisse incomplets.
De toute nos années passées, pas besoin de nous rencontrer si souvent, Chantal à Bruxelles, toi à Namur et moi à Tournai, pour vibrer en ce lien unique, viscéral, ce lien indéfectible d’amour fraternel qui, de cœur à cœur, nous faisait chanter, danser, sourire, autant que froncer les sourcils, nous fâcher, pleurer parfois. Notre fraternité, nous l’avons justement cultivée en ce dernier printemps, nous plongeant tous trois avec délice et tendresse dans nos souvenirs d’enfance, d’adolescence. Seuls les bons souvenirs ont émergé et ce fut jouissif. Tant de situations, parfois cocasses, de personnages hors du commun. Bien des bouts de nuits sur le clavier, à nos échanges écrits. Bien des bouts de nuits…. Une de nos marques de fabrique. Par ces souvenirs j’ai retrouvé, outre le copain de jeux - même si on se bagarrait parfois, n’est-ce pas Francis -, j’ai retrouvé ton aura de grand-frère protecteur, toujours nimbé de mystère. Ce voile mystérieux enveloppant ta personnalité d’écorché vif perdure, de même que le grand respect éprouvé à ton égard.
Tu avais entrepris d’intégrer ces pièces de puzzle dans un ouvrage littéraire qui aurait vibré à la hauteur de ton talent. Nous ne savons rien des premières lignes de ce travail, de ce blues qui restera inachevé.
Pour te taquiner un peu, Francis, au fait, l’amour fraternel n’est pas si éloigné de l’amour-vache, si on analyse nos premières années. Tu as commencé fort quand tu m’as expulsé du berceau-balançoire ; je ne dois mon salut qu’à Chantal qui, du haut de ses trois pommes d’api, au bon endroit au bon moment m’a récupéré dans ses bras. Pour preuve aussi ton aveu alors que tu présentais une de mes expositions en 1990. Je te cite « C’était il y a un peu plus de quarante ans, et lorsqu’alors -de deux ans son aîné- je lui enfonçais par jeu des règles ou des crayons dans la gorge, je ne savais pas qu'il les garderait dans le sang jusqu'aujourd'hui... ». C’est sans doute mon subconscient qui a fomenté ma révolte quelques années plus tard par un petit coup de poing lâché dans ton ventre, suscitant une réaction de douleur…qui me traumatisa. J’avais exercé ma première violence sur mon frère. Jamais je n’ai oublié cette scène.
Ta vie professionnelle, ton travail novateur sur les ondes se sont développés au grand jour, ta sœur et moi en avons été des témoins admiratifs. Nous l’avons touchée de près, comme cette rencontre avec Renaud et Pierre Rapsat à la table d’un café après une de tes émissions en direct, souvenir avec Claude Barzotti , concert de Johnny et le brouillard à couper au couteau en rentrant chez toi, les blues cafés, etc…Ton talent à créer des liens, à faire vibrer les gens à ton écoute nous le connaissions de longue date alors qu’à 15 ou 16 ans lors d’un concours d’éloquence, tu as fait crouler de rire la salle entière avec l’histoire d’un gars qui comptait les moutons avant de s’endormir. Ton thème était le farniente.
Oui, les souvenirs émergent, mêlant quelques rires à nos larmes. Ceux-ci n’empêchent pas que, depuis ton départ, les jours se montrent redoutables.
Oh combien redoutables pour Malika, ton épouse, pour les êtres qui sont la chair de ta chair, pour ceux que tu as aidés à grandir, pour les petits comme pour les grands. Redoutables pour toute ta famille, tes amis, pour nous tous qui t’aimons.
Mais nous puiserons en ton souvenir-même le courage nécessaire à traverser cette épreuve.
Francis, alors que je ne puis plus me demander ce que tu fabriques, qu’il n’est plus question de mail, de téléphone, j’essaie d’adoucir ma peine en t’imaginant, là-haut, sous une surnaturelle impédance, à l’animation d’un éternel blues café. Et Chantal de dire que ton étoile a retrouvé d’autres étoiles qui t’attendaient avec bienveillance.
Je reprends pour moi maintenant ces paroles d’une chanson que tu as écrite il y a bien longtemps « J’ai l’âme un peu blues, pas bien dans mes shoes », mais c’est peu dire. Francis, mon frère, je t’aime, nous t’aimons.
Luc
06/10/2025 Petit mot au cours de la cérémonie des funérailles.
Luc Delvaux Bios-Art © publié 08082026



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